Pour une critique radicale des fermetures de classes

Le risque est grand de voir les cortèges de parents défendant l’école ou la classe de leurs enfants devenir un nouveau marronnier de l’actualité hivernale. Cette folklorisation est certainement recherchée par les promoteurs des contre-réformes à l’œuvre sur le mode : « ces gens-là sont sympathiques mais totalement irresponsables ». Le résultat est connu d’avance : ne se sentent concernés que ceux qui sont concernés. Pour mener des luttes utiles, il faut donc comprendre et faire comprendre la logique politique sous-tendue par ces fermetures. Pour « agir local », il faut « penser global » et « critiquer radical » au sens d’extirper jusqu’à la racine les mauvaises herbes de la désertion des services publics.

Comme toutes les grandes manipulations, rien n’est caché. Les « orientations » sont définies dans un « schéma territorial des écoles du Jura ». En voici quelques extraits : « A la rentrée 2004, le département comptait 351 écoles publiques, 311 écoles publiques étaient recensées à la rentrée 2009. Le département a connu des fermetures d’écoles mais aussi des créations de pôles scolaires concentrés ainsi que des fusions d’écoles maternelles et élémentaires au sein d’une même commune. Ces dispositifs ont permis d’instaurer une meilleure dynamique pédagogique, ont contribué à réduite l’isolement par des projets communs et ont favorisé la mutualisation des équipements et des matériels. Cette évolution était nécessaire, au regard des enjeux associés à la maitrise du socle commun de connaissances et de compétences (…) Le maillage départemental des écoles est toujours caractérisé par une extrême dispersion des petites structures. Cette situation présente de réels inconvénients : manque d’émulation pour les élèves, travail en équipe difficile pour les professeurs, repères insuffisants pour l’évaluation des élèves. (…) Il convient de privilégier les structures de 6 à 8 classes au sein de pôles scolaires. »

Voilà donc les objectifs de l’Education nationale pour le Jura. N’ayons aucune crainte d’inégalité à terme, cela doit être la même politique dans tous les autres départements de France. Le Jura n’étant pas une principauté, la politique de l’Education nationale reste nationale et elle a deux angles d’attaque pour faire accepter ces contre-réformes : le pédagogisme et l’expertise technocratique. Le tout a un but caché : faire des économies budgétaires sur le dos de l’Ecole.

Grâce à quelles manipulations, les hiérarques de l’Education nationale croient-ils nous convaincre que la grande école à 15 km apprendra mieux à lire, écrire et compter que l’école du village ? A-t-on constaté dernièrement une amélioration sur le front de l’illettrisme suite à la fermeture massive d’écoles rurales ? Quant à la dernière lubie pédogagiste sur le travail en équipe des professeurs, il relève une fois encore plus de l’idéologie punitive contre les professeurs que de l’ambition pour les élèves. Tout cela n’est qu’un emballage de faux-semblants destinés à leurrer le gogo. Le ministère de l’Education nationale est bien devenu celui des marchands de sommeil !

L’avenir orwellien qu’il décide est donc tracé : le modèle des écoles maternelles et primaires est donc…le collège ! Une école (un « pôle scolaire » en novlangue) par canton, c’est l’idéal pour l’administration de l’Education nationale. Autant le dire clairement et que les parlementaires qui votent le budget de l’Etat assument leurs choix politiques ! Qu’ils aillent expliquer à leurs électeurs ruraux que leurs enfants de deux ou trois ans devront prendre le bus matin et soir, manger à la cantine (pour ceux qui en auront les moyens, les autres feront sans doute un régime hypo-calorique dans le cadre d’un programme de lutte contre l’obésité !!) et donc passer plus de 12 heures par jour hors de chez eux. Quelle modernité !

Budgétairement, puisque seule compte cette entrée, l’Etat ferme les écoles et demandent aux communautés de communes de construire et d’entretenir les « pôles scolaires » et aux Conseils généraux de financer les transports scolaires, avec une économie non négligeable en temps d’austérité européenne généralisée qui ne déguise en fait qu’un transfert de charges de l’Etat vers les collectivités qui, elles, n’ont pas droit au déficit.

Bref, quand une société préfère embaucher des chauffeurs de bus plutôt que des instituteurs, on peut douter de son dynamisme, on peut même craindre son déclin.

Jean-Philippe Huelin
Essayiste, co-auteur de « Recherche le peuple désespérément » (Bourin, 2009) et « Voyage au bout de la droite » (Mille et une nuits, 2011)
Animateur du site « Vers un bouclier rural »
Tribune publiée sur le site « 27 par classe »

Bien vu M. Piard !

Quoi de neuf dans le Jura ?

Dans la Voix du Jura

Lettre à mes deux challengers

Voici la lettre que j’ai envoyée à Jean-Louis Duprez et Raphaël Perrin le 24 février. Après le grand succès des primaires citoyennes, comment se présenter devant les électeurs sans une légitimité suffisante ? Cette légitimité militante, c’est l’honneur de la gauche quand la droite choisit ses candidats dans un cadre restreint et entre notables. Je n’ai pour l’heure reçu aucune réponse…

Lons-le-Saunier, le 24 février 2012

Cher Jean-Louis, cher Raphaël,

C’est aux deux camarades socialistes que je souhaite m’adresser. Les événements récents montrent une certaine évolution de la situation dans la 2ème circonscription du Jura. Alors qu’un accord national entre le PS, notre parti, et le PRG prévoyait d’accorder cette circonscription à un candidat du PRG, ce dernier a renoncé dans la presse de ce jour à briguer la place de titulaire pour se replier sur celle de suppléant. Le poste de titulaire est donc laissé au PS. Cette décision unilatérale du PRG jurassien se fait, d’après mes informations, dans le cadre d’un échange au niveau national, le PRG devrait hériter d’une circonscription ailleurs en France.

En tant que socialiste, nous sommes bien évidemment respectueux des règles et de la démocratie. Comment imaginer qu’une ou deux personnes, seuls dans un bureau, puissent donner la légitimité nécessaire à un candidat socialiste ? Cela irait à l’encontre de nos valeurs et de toute logique politique.

Nous sommes tous trois intéressés pour être candidat à cette élection législative dans le haut-Jura. Pour désigner le candidat, je vous propose de nous en remettre aux militants socialistes de la circonscription. L’expérience de 2007 nous a montré que la multiplication des candidatures à gauche nous avait été préjudiciable. Sachons donc cette fois nous hisser à la hauteur de l’enjeu !

Pratiquement, je vous propose la chose suivante : nous pourrions saisir la fédération et le Bureau national du PS de notre volonté de faire voter les militants socialistes du haut-Jura pour désigner le candidat socialiste. Pour être candidat, la règle des trois années d’ancienneté, pourtant statutaire, ne serait exceptionnellement pas appliquée afin de rassembler nos trois candidatures. Un débat aurait lieu devant les militants socialistes du haut-Jura et un vote suivrait selon les règles habituelles, les trois candidats s’engageant à respecter le vote des militants et soutenant le candidat investi.

J’attends votre réponse ou vos remarques.

Mes amitiés socialistes,

Jean-Philippe Huelin

Raphaël Perrin : le nomadisme politique, l’autre nom de l’opportunisme

L’imposture continue…

Ma réaction au coup tordu dans la 2ème circonscription

Pour parodier Francisque Bailly-Cochet, je pense que ce n’est pas à lui ni à Christophe Perny de choisir le candidat du PS, c’est aux militants socialistes.

Dans cette affaire, le président local du PRG n’a été qu’un candidat-leurre, instrumenté pour empêcher la démocratie interne au Parti Socialiste de s’exercer.

Le retour dans le jeu de Raphael Perrin doit paraître assez déconcertant aux observateurs attentifs de la vie politique jurassienne. Comment peut-on avoir « un profond dégoût de la politique » et démissionner de ses importantes délégations au Conseil général (la veille du débat d’orientation budgétaire de plus) en octobre 2011 et être candidat à la législative en février 2012 ? Y a-t-il eu marchandage entre Perrin et Perny à ce moment-là, on peut le penser…

En octobre 2011, ses collègues du Conseil Général avaient excusé ses atermoiements par son inexpérience, il avait besoin, disaient-ils, d’ « une période d’apprentissage ». Cette période d’apprenti conseiller général serait-elle déjà terminée qu’il puisse la cumuler avec celle de député qui est de tout autre nature ?

Il faut être solide pour cette fonction, voter la loi, contrôler l’exécutif, ce n’est pas une plaisanterie ni un caprice. Il ne faut pas être instable. J’en appelle donc aux instances nationales du Parti Socialiste en leur demandant de faire appliquer notre règle commune.

Candidat potentiel dans la 2ème circonscription du Jura

Ce n’est encore qu’une rumeur mais comme j’ai appris les coups tordus dont certains sont capables, je suis prudent et je prends les devants : si Francisque Bailly-Cochet, le candidat pressenti par le PRG comme candidat d’union avec le PS dans la 2ème circonscription du Jura, ne souhaitait finalement pas être candidat titulaire, alors je serais candidat à l’investiture pour le Parti socialiste.

Je me sens d’autant plus fondé à me déclarer publiquement que la fédération socialiste tente officiellement et très courageusement depuis le mois de novembre d’obtenir des instances nationales qu’un candidat socialiste soit investi dans cette circonscription. Notre premier secrétaire fédéral a publiquement déclaré que si nous obtenions cela, il y aurait un vote des militants socialistes de la circonscription pour désigner leur candidat en application des statuts.

Pour ma part, ayant respecté l’accord national PS-PRG, je n’ai pas pu déposer ma candidature à l’investiture en novembre dernier. J’ai dit publiquement à mes camarades réunis le 12 janvier en inter-sections des quatre sections socialistes du haut-Jura que j’avais regretté amèrement que cette circonscription nous passe à nouveau sous le nez et je les avais assuré que je serais candidat à l’investiture socialiste si l’occasion se présentait.

Je suis en effet discipliné mais pas naïf. La gauche a un impérieux besoin de clarté et d’unité dans cette circonscription qui est pour elle particulièrement difficile. Toute dissidence serait une aide apportée à la députée UMP sortante. Pour autant, je n’accepterai pas que certains s’octroient le droit de choisir le « candidat naturel » du Parti Socialiste ou désignent « le seul capable de l’emporter ». Le Jura n’est pas une principauté et le PS non plus. Il n’y pas de Prince qui choisirait souverainement l’un de ses courtisans pour être candidat. Le respect de la démocratie commence par le respect des militants socialistes.

Je veux rappeler ou indiquer à mes camarades socialistes que c’est sous la pression du président socialiste du Conseil Général du Jura que les instances nationales du PS et du PRG se sont mises d’accord pour réserver la 2ème circonscription du Jura au PRG. C’est un fait incontestable. Si cette réservation n’était qu’un faux-nez destiné à gagner du temps pour imposer ensuite une personne ne pouvant être statutairement candidat socialiste, l’opération a fait long feu !

J’ai toute confiance en la fédération socialiste du Jura pour faire appliquer les règles. Je me rangerais d’ailleurs très loyalement derrière le candidat investi par le PRG si la situation devait rester là où elle en est depuis novembre.

Les hypermarchés : un choix de société, par Rémy Gaudillier

Le sujet d’implantation des grandes surfaces dans la ville de Champagnole est tellement sensible qu’il a donné lieu à un « billet d’humeur » signé du maire Clément Pernot dans le dernier bulletin municipal de novembre 2011. Il illustre la sérénité qui règne autour du sujet.

Dans son écrit, le maire se garde bien de préciser que l’action a été organisée par la Confédération Paysanne contre laquelle il a porté plainte. Est il plus scandaleux de démonter symboliquement une barrière, posée d’ailleurs par les services municipaux sur un terrain privé, que de soustraire 10,5 ha de bonnes terres au travail agricole ? en contradiction totale d’ailleurs avec les objectifs de la Charte « Agriculture, urbanisme et territoires » signée par l’Etat, la Chambre d’Agriculture, le Conseil général et l’Association des Maires du Jura.

Si l’admonestation à l’égard des seuls enseignants présents flaire bon  vichysme et démagogie, nul n’a entendu le suppléant de la députée UMP déplorer, au nom du droit de la jeunesse à un enseignement de qualité, la suppression de 60 000 postes d’enseignants depuis 2007 ou celle de l’Histoire-Géographie obligatoire en Terminale S !

Par contre il interdit l’accès à toute salle municipale à l’association « Citoyens Résistants », pour son soutien à la Confédération Paysanne et son opposition dès l’origine aux projets d’hypermarchés.

Penser que l’arrivée d’hypermarchés pourrait redynamiser le centre ville et l’embauche est un mythe, tout au plus assistera t’on à un transfert d’emplois. Ce choix est d’autant plus paradoxal que le modèle est «  en bout de course », et qu’ « il y a une crise du gigantisme d’une trop grande standardisation de l’offre » comme le reconnait Michel Edouard Leclerc lui-même.( Alternatives économiques, juin 2009)

A Champagnole, une des villes les mieux loties dans le domaine alimentaire, ce projet exigeait une réelle consultation de la population. Dans l’état actuel, deux points au moins méritent éclaircissement : pourquoi le Foyer Jurassien s’est il impliqué dans le dossier Leclerc, contrairement à ses statuts ? pourquoi la Communauté de communes a-t-elle pris position pour les hypers qui menacent gravement les commerces de proximité en milieu rural ?

En France la grande distribution  représente 635 000 emplois, 85% des achats alimentaires et un chiffre d’affaires de 286 milliards d’euros. Regroupée autour de quelques centrales d’achat, elle a imposé ses conditions à ses fournisseurs, contribué largement à la délocalisation, à l’importation de produits du bout du monde, et à la remise en cause de notre modèle social, sans grand souci de l’environnement et du respect des Droits humains dans les usines qui travaillent pour elle (Christian Jaquiau, Les coulisses de la grande distribution). J. Bothorel et P. Sassier expliquent par ailleurs qu’elle est à l’origine d’une corruption d’envergure, «  par exemple pour obtenir des autorisations d’ouverture de magasins ; dans les communes, elle a financé des ronds points, des piscines, voire des avantages personnels aux maires… » (La grande distribution). Est-ce un hasard si la France, championne d’Europe des ronds points par habitant  l’est aussi  des hypers?

Ce choix pose au fond la question du type de société que nous souhaitons pour nous et nos enfants.

Dans un monde de 7 milliards d’habitants, aux ressources limitées et aux inégalités criantes, il est impératif de fixer des limites sans lesquelles aucune société n’est viable ; la crise actuelle risque d’ailleurs de nous le rappeler douloureusement .

La course à la consommation n’est pas non plus gage de bonheur mais peut en revanche engendrer, par l’exacerbation des désirs, frustration et  mal être.

Notre façon de consommer devrait traduire notre choix de société  !

Rémy Gaudillier, Voix du Jura, 17 novembre 2011

Quand on lit de tels propos, on peut s’inquiéter pour certains élus !

Billet d’humeur du Maire de Champagnole dans le bulletin municipal de novembre 2011